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19/12/2011

La routine du camp (11 décembre)

On commence à trouver le tempo, le rythme propre de l’équipe qui nous permet de tenir sur la durée, gérer notre temps de journée incluant le montage et le démontage des lourds systèmes d’ascension, pour ne pas rentrer à la nuit (toujours risqué compte tenu des éléphants qui sillonnent la forêt comme en témoignent les traces sur le sentier le matin).

Un tournage c’est aussi gérer la tension, la promiscuité, la fatigue, l’éloignement.

Il y a des caps, il reste trois jours de travail plus une journée de mise en caisses, ça sent déjà un peu la fin alors qu’avant hier a été une journée de grosse tension chez tout le monde, coup de gueule, énervement. Le travail dans les arbres est risqué, long. Le soir chacun a fait des efforts pour prendre le dessus, les gens se sont parlé entre eux. C’est une bonne équipe, chaque échec est surmonté, pour l’heure on trouve des solutions à tout ce que l’on peut matériellement réaliser avec les moyens dont on dispose. Ce système d’essais-erreurs en situation réelle me permet de dégager des solutions techniques pour le tournage à venir. Dans ma tête le film incube, des idées germent le processus est en marche concrètement, les choses prennent formes, des solutions de réalisation se dessinent.

Levé du jour, 5h30, selon la fatigue de la veille, les installations de la journée, on prend le petit dèj entre 6h30 et 8H. Le matin chacun est dans sa bulle, on se resocialise tout doucement, Yanick va à la rivière chercher trois arrosoirs d’eau qu’il traite au désinfectant, ce sera l’eau potable de la journée. On fait un dernier point sur ce que j’envisage comme images, Cédric organise la nourriture du midi, les portages, Aurélie prépare la caméra, les colis de portage. Nos déplacements à pieds excèdent rarement une heure, c’est un rayon d’action maximum pour une équipe avec un tel matériel.

On part en forêt accompagnés des éco-gardes qui nous aident pour le portage. Ils sont une bonne équipe, on s’entend bien avec eux. Il y a de sacrés personnages, James, Constant, Toussain, Alfred … des hommes de la forêt amusés de nos méthodes et fiers de voir leur  forêt mise en image.

La journée se passe à essayer des cadres, trouver les bons axes pour la caméra pour faire de ces arbres des héros, faire en sorte de sortir du déjà-vu, aller chercher l’âme de la forêt. La journée c’est aussi attendre des percées de soleils, essayer d’ignorer les milliers d’abeilles-moucherons qui s’abattent sur nous par moments, régler les problèmes de transmission vidéo récurrents entre le haut de l’arbre et le sol, laisser le temps à l’équipe de changer de configuration de tournage. Je sais déjà qu’il faudra envisager une équipe de cordistes conséquente pour le tournage, que les installations dans les arbres puissent s’enchaîner. C’est bien dans les arbres que l’on a envie de filmer, c’est là-haut que ça se passe… dans la canopée.

Nous rentrons au camp vers 16h30, une heure avant la nuit, le temps de se jeter dans le gour de la petite rivière qui nous sert de salle de bain, laver une chemise ou deux en même temps puis se retrouver ensemble autour du repas vers 18h30. Il fait grand nuit. On jacasse de tout et de rien, les personnalités autour de la table viennent d’horizons très différents, c’est parfois passionnant, parfois inintéressant quand nous sommes épuisés. Aucun soir ne se ressemble, c’est la pulsation mystérieuse d’une équipe, cette étrange humeur collective propre à tout groupe dans ce genre d’expédition.

Je suis impressionné par la routine dans laquelle je rentre, je duplique jour après jour les même gestes efficaces, comme pour libérer ma tête en permanence dans le film. Je sais  maintenant profiter des petits moments d’intimité en rentrant au camp le soir, au moment de poser les chaussures, assis sur les marches du bungalow que je partage avec Gérard, pendant le bain et la lessive, au petit jour en écrivant sur les marches du «séjour».

Nous sommes couchés tôt, une autre manière de se retrouver avec soi-même. On se prête des livres, il me suffit de quelques pages pour dormir.

Luc Jacquet

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© Jake Bryant / envirofoto.com

Publié dans Blog , Film , Luc Jacquet , Photos | Commentaires (2) | Écrit par audrey |  Facebook |

Commentaires

J'ai passé 38 mois en forêt de 1975 à 1978 tout autour du Fernan-vaz, à l'Est d'Omboué, et je peux dire que c'est la forêt la plus sombre du monde. Et encore, vous ne la connaissez pas pendant la saison des pluies!!!!!! ça vaut le déplacement. salut.

Écrit par : coucharriere patrick | 19/12/2011

Je suis au Gabon actuellement, c'est un pays magnifique, rendez lui justice dans votre film.

J'espere que l'on pourra observer des plans aériens

J'irai voir le film sans nul doute.

Bon courage et merci

Écrit par : Romain | 19/12/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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