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14/12/2011

Une journée dans les bras du moabi

Quitter l’emprise du sol, oublier l’usage d’un support pour se déplacer, éprouver le vide et aller vers la lumière. Pour gagner le sommet d’un arbre, il faut remonter la pesanteur à contre-courant. Eprouver l’exacte mesure de cette force verticale en remontant la corde en fil d’araignée, le pied accroché dans une boucle de sangle, les deux mains dans la poignée bloquante qui permet de se tracter vers le haut, à la force des bras et des jambes. Aujourd’hui je suis monté dans un grand Moabi. Pour cette première expérience je sens immédiatement que mon corps est plus adapté à arpenter l’horizon que la verticale. En d’autres termes, j’en ai bavé, mais j’avais tellement envie de monter dans cet arbre que j’ai été vraiment heureux d’arriver en haut par mes propres moyens. En plus en quarante mètres d’ascension, on a le temps de voir, de réfléchir.

Refaire le chemin de l’arbre qui, pour nourrir sa soif de soleil, s’oppose à la force de l’attraction terrestre en plantant dans la terre son tronc qui dessine un chemin vers le ciel. C’est peut-être cette puissance, incarnée par la verticale des millions de troncs d’arbres de cette forêt, qui donne une telle sensation de force tranquille. Les bâtisseurs de cathédrales ne sont pas à mon avis allés chercher ailleurs la métaphore de pierres des piliers, des chapiteaux, des voûtes.

Et là-haut? Une position royale, une place inexpugnable où je redécouvre après des jours de sous-bois la lumière, l’horizon. Le plaisir de voir loin est un privilège de grimpeur. Le territoire des oiseaux, des papillons, des singes, des arbres en fleurs, la canopée, comme un  jardin japonais au printemps. Une multitude de nuances de verts, des arbres de toutes formes, une multitude! A l’ouest la forêt moutonne à perte de vue.

Luc Jacquet

premiers essais en l'air.jpg

© Jake Bryant / envirofoto.com

Publié dans Blog , Film , Luc Jacquet , Photos | Commentaires (1) | Écrit par audrey |  Facebook |

Commentaires

Je suis content d’apprendre, grâce à votre blog, que l’abattage du moabi est interdit au Gabon depuis le début des années 2000 car après une rapide recherche sur Internet, on est quand même un peu triste de constater que les images relatives à cet arbre magnifique représentent en majorité des gammes de parquet… Encore plus terrible, ce petit paragraphe extrait de Wikipédia : « Le moabi se régénère mal car il n'est mature que vers 50 ans et ne produit des fruits qu'une fois tous les trois ans seulement. De plus, les plantules ont besoin d'être exposée à la lumière pour croître, ce qui n'est plus le cas dans des forêts denses fermées. L’exploitation forestière pratiquée sans discernement risque de conduire rapidement à une raréfaction de l'espèce. Dans certaines régions, la dynamique naturelle d'évolution des forêts a conduit à sa disparition, les conditions d'une régénération efficace n'étant plus réunies. » Mais, heureusement, tout espoir n’est pas perdu. Il me tarde de voir les images prises au sommet de l’arbre, qui est, comme vous le dites, le plus grand d’Afrique. Comment travailler sereinement si on est sujet au vertige ? Vos photos sont toujours aussi belles.

Écrit par : Olivier33 | 15/12/2011

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